L'attouchement

«J'ai commencé de l'attoucher.
Ce corps dépourvu de tout apprêt, ce corps vierge,
animal, était un festin. On n'aurait pas eu plus faim
devant les mets les plus exquis. C'étaient l'émail du raisin,
le velours de la prune, le lissé du miel, la souplesse
et le grain de la pâte d'amande, c'étaient la fermeté de
l'olive et la chair du pain de seigle, le suc des rôts et
le coeur des figues, l'or des tourtes et l'ambre du vieux
vin, c'était la manne mise par l'Éternel à portée des
hommes en guise d'avant-goût de l'Éden.
La peau cuite au soleil avait épanoui ses couleurs et
ses arômes. Je humais la cannelle, le poivre et le gingembre
; je goûtais des yeux l'onguent brun dont elle
semblait couverte, ses ocres de sumac, ses violets de
pavot et ses dunes de sable noir où scintillait une fine
mosaïque de cristaux minuscules. Cette peau sentait le
chaud ; pourtant elle était fraîche, et mes doigts glissaient
sans peine à fleur de son vernis.»
Br. B.