A la recherche de l'effectivité des droits de l'homme

Le champ des droits de l'homme est certainement l'un de ceux
où l'écart entre l'existence de la norme et la réalité de son
application est le plus grand, et dont les effets sont au
quotidien les plus ressentis. On comprend alors que la question de
l'effectivité soit au coeur des réflexions sur les droits de l'homme.
Cette question comporte indéniablement une dimension
théorique : comment distinguer les notions d'effectivité, d'efficacité
ou de validité de la norme ? Comment penser le passage du devoir
être : la formulation du droit - à l'être : la jouissance du droit par les
individus ? Par quels mécanismes, juridiques ou autres, assurer
l'effectivité du droit ?
On pressent néanmoins que la résolution de ces questions ne peut
faire l'économie d'une mise à l'épreuve pratique. Les études de
cas montrent ainsi que l'effectivité n'est pas gage d'efficacité
et qu'inversement la recherche de l'efficacité d'un système
juridictionnel ne garantit pas le respect des droits individuels. De
même, les préoccupations d'efficience peuvent entraver aussi bien
l'effectivité des droits que l'efficacité des politiques législatives.
Les mêmes constats en demi-teinte caractérisent l'analyse des
mécanismes destinés à assurer l'effectivité des droits de l'homme.
Aucun dispositif juridique - pas même le juge pourtant considéré
comme le garant par excellence des droits et libertés -, aucun levier
économique ou aucune politique publique n'offre de solution
imparable. C'est alors vers leurs articulations, elles-mêmes
problématiques parce qu'oscillant entre complémentarité et
concurrence, que la réflexion mérite d'être portée.
Sur ce point comme sur d'autres, les droits de l'homme
apparaissent comme un laboratoire d'analyse particulièrement
fécond pour les sciences juridiques et sociales.