La science, un bricolage qui a réussi

La science est un modèle de la nature construit pour mimer celle-ci. Matière
et esprit se coproduisent l'un l'autre. Il n'y a donc pas de lois de la matière,
d'une nature pure, isolée de l'esprit de l'homme, mais des lois scientifiques
qui dépendent du chercheur et de la société. C'est lui qui met un ordre dans
la nature, classant les similitudes en concepts et construisant une métaphysique
des concepts. Il relie ces derniers en lois en utilisant les mathématiques. La
science, expression culturelle, s'est construite en abattant ici, reconstruisant
là pour accroître l'adéquation du modèle avec la nature. Cette adéquation est
ressentie comme beauté par le scientifique et celui-ci vise plus de beauté car
il n'y a pas de certitude, pas de Vérité, de Réel en soi à trouver. Il existe un Réel
en nous , interpénétration de l' esprit et du monde.
La science est un «matérialisme méthodologique» élaboré pendant deux mille
cinq cents ans. La tentative de rationnalité des Grecs milésiens, le postulat
de Platon selon lequel la nature est mathématique, la logique d'Aristote et ses
qualités sensibles, le matérialisme mécanique d'Épicure, sont les bases de la
science. Après adaptation d'Aristote au XII<sup>e</sup>-XIV<sup>e</sup> siècle, la scolastique construit
sur sa logique les techniques de raisonnement de la science. Platon et Aristote
se rejoignent en chimie au XVI<sup>e</sup> siècle puis dans la physique de Galilée au XVII<sup>e</sup>.
Du mécanisme de Descartes à la mécanique des concepts de Newton au XVII<sup>e</sup>-XVIII<sup>e</sup>
siècle en passant par le positivisme du XIX<sup>e</sup> siècle, jusqu'à nos jours avec
le retour d'Épicure, la science est une vision mécanique de la nature. Ce faisant,
l' en soi et le concept Dieu s'estompent. Temps et espace sont reformulés au
XX<sup>e</sup> siècle et le réel se dissout dans le Nombre. Temps, espace, phénomène, lois,
réel... ne sont plus des absolus. Mais Dieu, cet absolu conjecturé, revient sur
la scène créationniste avec le Dessein intelligent.
Les religieux exigent que la science soutienne leurs croyances. Les philosophes
veulent reprendre barre sur elle parce qu'elle leur a échappé au XVIII<sup>e</sup> siècle.
Tous veulent l'asservir pour assurer à la société ses profits et son confort.