Une démocratie prise en otage par ses élites : essai politique sur la pratique de la démocratie au Sénégal

On saisit davantage, avec cette nouvelle publication de Abdou Latif Coulibaly,
que la démocratie ne se réduit pas à ses aspects formels. Ce que propose Coulibaly
peut se résumer dans cet énoncé capital : la démocratie est également et
surtout une affaire des élites. A. Latif Coulibaly introduit ainsi, dans le concept de
démocratie, la catégorie des acteurs, une catégorie essentielle dans la mesure où
elle met suffisamment en exergue la question des jeux et éclaire ainsi les enjeux
dans le champ politique. Dans une démarche phénoménologique, Coulibaly
énonce ce propos conclusif : la démocratie est prise en otage par les élites
(parlementaires, judiciaires, religieuses, politiques au pouvoir comme dans
l'opposition, médiatiques, etc.). La tentative, louable, de description objective des
manifestations du rapport des élites à la démocratie et aux institutions ne
s'effectue cependant pas sans un effort de critique sans complaisance qui rappelle
un certain nombre d'exigences : le respect des institutions, la transparence dans
le jeu politique et le souci de libérer la démocratie. Le recours à divers auteurs en
science politique apporte une fraîcheur certaine au livre de Coulibaly qui donne
des clés pour mieux saisir, dans le contexte sénégalais, des notions circulant dans
son livre : élites, partis politiques, démocratie, etc. Il signe ainsi, sans pourtant en
avoir exprimé l'intention, une contribution majeure aux pratiques de la science
politique au Sénégal.
L'idée qui commande le mouvement d'ensemble du propos c'est que, comme le
dit le philosophe, «il n'y a pas de destin forclos, il n'y a que des responsabilités désertées».
Puisse-t-il être lu, médité par nos élites pour un sursaut à la fois urgent et
salutaire.