Mourir un peu

«Partir, dit-on, c'est mourir un peu.» Mais partir
d'où, pour aller où, et qu'entend-on par «mourir un
peu» ? Comment le verbe mourir peut-il s'accommoder
d'un adverbe de quantité alors qu'il désigne un
événement à chaque fois unique, définitif, absolument
inquantifiable ? Il en est du verbe mourir comme du
verbe aimer : leur adjoindre un adverbe de quantité,
d'intensité ou de manière revient à en moduler
le sens de façon radicale, l'air de rien.
«L'amour, la mort : on ne badine ni avec l'un
ni avec l'autre. Effeuiller le verbe mourir ainsi
qu'une fleur des champs c'est mettre à nu son propre
coeur, ses pensées, son espérance.»
Sylvie Germain traque la dynamique de la quête
spirituelle à travers le thème des pas, de l'arrachement
de la mort à nous-mêmes, avec l'écriture vive et
inspirée qu'on lui connaît.