Expropriation

Comment une femme pourrait-elle changer de vie ? On
ne change pas de vie même si on le dit. Parfois, on dit : «Il
faudrait peut-être que je change de vie» et déjà, on est dans
le peut-être.
Changer de vie, on le dit moins fort, on le murmure, on y
pense, on ferme les yeux et puis, on continue.
Cette femme ne change pas de vie. Cette sortie violente
hors des murs, hors de tous les murs, les murs domestiques,
les murs politiques, les murs sexuels, cette sortie s'appelle
Expropriation.
Pour cela, il a fallu dessiner un corps soumis à la volonté
de puissance, asservi et livré, jeté ; un corps vaincu et vainqueur,
accidenté et souverain, en plein dans la circulation, des
nuages et des paysages, des eaux, du sang, des travellings et
des voitures. Avec l'absolu seulement hissé vers la lumière, le
sexe ou l'épaule, les reins, les seins, la chevelure ou rien, rien
d'elle qu'une cascade.