Feuilles d'exil : de Carthage à Sarcelles

C'était le temps béni où les Arabes savaient accueillir les Juifs,
durant les nuits de Ramadan, dans les «cafés-chantants»
de Bab-Souika ou de Halfaouine et dégustaient avec eux dans
les boutiques puissamment illuminées, le thé à la menthe
brûlant et les «zlabias» dégoulinantes de miel doré.
C'était le temps où l'on savait flâner sous les ficus de l'Avenue
Jules Ferry, un bouquet de jasmin sur l'oreille avant de prendre
l'apéritif au «Café Floréal» avec force beignets de poissons et autres amuse-gueules.
Et puis il y eut l'occupation allemande, les brimades de toutes sortes,
l'envoi des jeunes dans des camps de travail obligatoire, les restrictions, la peur.
Un jour enfin, alors que jusque là on était «protégé français», c'est-à-dire presque
français voilà que l'on se retrouve citoyen tunisien à part entière, citoyen d'un nouveau
pays dont la constitution proclame que «l'Islam est la religion et l'Arabe la langue».
Que faire quand on n'est pas musulman et que l'on ne parle ni n'écrit l'Arabe littéraire ?
On hésite, on essaie de tenir quand même, mais les choses se compliquent peu à peu
et l'on se retrouve sur un bateau avec sa famille pour un voyage sans retour.
C'est ça l'exil...