Romans de l'émigration : 1797-1803

L'émigration durant la Révolution française est une
expérience dont on n'a pas encore mesuré toute l'importance
culturelle. Au-delà du bouleversement politique,
c'est un moment qui brouille les repères et confronte les
contemporains à des questions inédites : comment se
situer dans le temps ? quelle place accorder à des proscrits
qui ont tout perdu dans leur exil ? qui sont-ils dans le
siècle qui s'amorce ? Sur le plan esthétique, l'émigration
transforme la littérature. La loi des genres, ébranlée par
les compositions hybrides de la fin des Lumières, vacille.
Les préfaces réfléchissent à la forme des textes. Impliqué
plus qu'un autre dans l'histoire, le roman d'émigration ne
peut faire l'économie des événements et des inquiétudes.
La Révolution force les portes du récit, l'entraîne sur un
territoire où se mêlent sensibilité et frayeurs gothiques.
Pour les protagonistes comme pour les auteurs se pose,
plus que jamais, la question de l'identité.
Quatre récits ont été retenus pour cette réédition : Les
Amours et aventures d'un émigré de A. J. Dumaniant
(1797), Lioncel ou l'émigré, nouvelle historique de Louis
de Bruno (1800), L'Innocence échappée de plus d'un naufrage
ou Mémoires d'une femme d'émigré (anonyme,
1801), et Le Retour d'un émigré, ou Mémoires de M.
d'Olban de B. A. Picard (1803).