L'avenir n'est pas à vendre : un autre regard sur l'orientation scolaire et professionnelle

Au printemps 2003, les personnels des services d'orientation prenaient
une part particulièrement active au grand mouvement qui a secoué
l'éducation nationale. Comme ailleurs, c'est la question des retraites qui
était au premier plan. Mais l'inquiétude était plus profonde : les grévistes
et les manifestants refusaient que l'école et l'orientation scolaire
et professionnelle perdent sens dans la tourmente libérale. Deux ans
après, rien n'a fondamentalement changé.
Dans un contexte marqué par l'individualisme, l'éclatement du travail et
la croissance des inégalités, l'interrogation sur l'avenir scolaire et professionnel
est omniprésente. La politique gouvernementale et les orientations
européennes qui l'inspirent réduisent pour l'essentiel la projection
dans l'avenir à une adaptation aux emplois et au monde existants.
Elles invitent à faire taire la part de pensée critique et de rêve que chacun
porte légitimement en soi.
L'alternative ébauchée dans ce livre procède d'une double conviction : il est
possible de faire de l'orientation un processus fondamentalement éducatif,
en liaison certes avec le monde scolaire et le monde du travail, mais façonné
par la réflexion du sujet lui-même, appelé à être l'acteur premier de la
construction de son avenir ; il est urgent de redonner toute leur place à la
question sociale et à celle de l'égalité entre les sexes pour que l'orientation
soit émancipatrice.
L'auteur s'est constamment efforcé de croiser les regards de chercheurs,
de militants et de professionnels. Devant la volonté libérale de
marquer la totalité du champ social, l'urgence est certes d'entrer en
résistance. Mais il convient aussi de ne pas renoncer à l'utopie créatrice
pour (ré)apprendre à espérer.