Présence d'André Malraux, n° 12. André Malraux et les arts extra-occidentaux : actes du colloque des 13 et 14 novembre 2014, Maison de l'Amérique latine, Paris

Dans ce colloque, le recours à l'expression «arts extra-occidentaux» à la place de
«arts premiers» aura permis d'élargir notre réflexion à partir d'autres productions et
d'autres régions, notamment celles des hautes époques. Il s'agissait de faire dialoguer
les arts des civilisations extra-occidentales avec ceux des civilisations européennes,
jusqu'à l'art contemporain qui s'en est beaucoup inspiré.
Dans les articles de ce numéro XII, comme dans le Musée Imaginaire, les poupées
Kachina côtoient les masques africains et les «zémis» des Taïnos. Picasso, Brancusi,
Modigliani, Braque... reprendront dans leurs oeuvres, les visages stylisés, l'énigmatique
pose des statues, la magie mystérieuse d'un objet-fétiche. Jean Fautrier, dans son
atelier, s'entretient avec Paul Eluard de la collection de Paul Guillaume ou de celle
d'Apollinaire. Le dialogue s'établit entre les discours d'André Malraux, Aimé Césaire
et Léopold Sédar Senghor à Dakar en 1966, le manifeste publié par Jacques Kerchache
en 1990 ou l'hybridité des textes d'Abdelkébir Khatibi ; de même, les figurines sacrées
de l'époque Jomon au Japon interpellent les icônes religieuses de Yougoslavie pour
attester de l'immortalité, car «le musée est le seul lieu du monde qui échappe à la mort»
( La Tête d'obsidienne ). Tous ces textes témoignent des intuitions fulgurantes d'André
Malraux, en matière d'art, rappelant le cheminement esthétique de l'écrivain qui a pu,
à certains moments, jouer, lui aussi, le rôle d'intercesseur avec le monde de l'invisible.
«Leur art n'est pas l'expression d'une vision, mais de l'invisible» écrivait Malraux
dans Le Musée Imaginaire.