Lettres interceptées : Boris, Dina, Kot et leur monde, de 1917 à nos jours : roman-montage

«Un vrai roman garde quelque chose de lettres intimes interceptées.» Ni
Kot Tatischeff, qui note ces mots, ni le poète Boris Poplavski, qui les a
prononcés, ne peuvent se douter qu'eux-mêmes prendraient place un jour
parmi les héros de ce roman vrai.
Il a fallu pour ce faire que l'auteur du livre, Anatoli Vichnevski, se
trouve, par amitié, mis récemment en possession des archives de la famille
Tatischeff : cartes postales envoyées des prisons de Petrograd et de Moscou,
lettres transmises par des voies détournées, rapports de police, notes éparses,
journaux intimes, ébauches de poèmes, dessins, «pneus» échangés par
des amoureux, témoignages, souvenirs, datés de 1917 à nos jours.
Choisis, mis bout à bout, ces documents composent ce roman-montage
qui est aussi une chronique de la Russie dans l'émigration, réfractée dans le
destin de Boris, Dina, Kot et leur monde. Aristocrates russes, jeunes juives
provinciales, officiers de la garde blanche et chauffeurs de taxi parisiens,
poètes et artistes du Montparnasse de l'entre-deux-guerres, dissidents
soviétiques et diplomates français seront emportés dans le tourbillon de
l'histoire.
Et voilà qu'en feuilletant ces pages rescapées par miracle, écrites à la
hâte, presque indéchiffrables par moments et restituées ici, on se surprend
à écouter ces voix dont aucune ne ressemble à l'autre et à suivre la destinée
des êtres à qui appartiennent ces voix, comme s'ils avaient encore devant
eux toute une vie.