Une voix dominicaine dans la cité : le comportement exemplaire du chrétien dans l'Italie du Trecento d'après le recueil de sermons de Nicoluccio di Ascoli

Au Moyen Âge, la parole des prédicateurs se fait entendre
partout. En Italie plus qu'ailleurs, cette parole accompagne
l'existence de la population. Elle est particulièrement utilisée
par les ordres mendiants, qui s'affirment dès leur création comme les
spécialistes du discours homilétique. Le frère dominicain Nicoluccio
di Ascoli, qui a vécu durant la première moitié du XIV<sup>e</sup> siècle dans
les Marches et en Émilie, propose un recueil de sermons-modèles
destinés à offrir pour chaque dimanche du temps ordinaire un
contenu commode pour tout prédicateur en manque d'inspiration.
Ce recueil, rédigé dans les années 1330-1340, permet de cerner
les caractères de la société italienne du Trecento , dans ses aspects
religieux mais aussi culturels. En effet, la parole homilétique
fonctionne comme la parole mythique. En même temps qu'elle
procure aux destinataires une règle de vie chrétienne, elle organise
une vision de la société. Cette «cosmovision», selon l'expression
d'Hervé Martin, se déploie sur trois volets. Elle définit une identité à
chaque membre de la société, à commencer par le prédicateur lui-même.
Elle se fonde sur une culture certes chrétienne mais ouverte
sur le passé antique et sur les sciences de son époque. Enfin, elle fixe
une destinée chrétienne déterminée par une image confiante en un
Dieu charitable. En lisant ou en écoutant les sermons de Nicoluccio di
Ascoli, le lecteur-auditeur entre ainsi dans les rouages de la «société
de prédication».