Retour à Muganza : récit d'un avant-génocide

Un témoignage de plus sur le génocide
rwandais ? N'en avons-nous pas pléthore
? Que peut-il apporter que nous
ne sachions ?
Certes, comme pour la Shoah, comme
pour le génocide arménien, il est essentiel
d'entretenir la flamme du souvenir
dans notre monde où la ronde infernale
des atrocités les chasse aussitôt des
mémoires. Mais surtout, le récit de
Marie Niyonteze nous prouve que ce
génocide était prévisible, qu'une répétition
générale avait eu lieu lors de la
première incursion du FPR.
Cadre dans une entreprise belgo-rwandaise, l'auteure a été arrêtée pour le
simple motif d'être tutsie. Elle ne doit la vie, et celle, provisoire hélas, de
son bébé né en prison, qu'à un enfilement de chances. Chance que n'aura
pas un de ses frères. Et quatre ans plus tard, alors qu'elle a obtenu l'asile
en Belgique, toute sa famille, dont un de ses enfants resté au pays, sera
massacrée.
Dès que possible, Marie Niyonteze retourne au Rwanda. Elle ne pourra
survivre sans avoir retrouvé les dépouilles de ses proches et leur avoir
donné une sépulture. Ce retour, avec les souvenirs qu'il éveille, est au
coeur du récit. Puis, accompli ce devoir impérieux, il faut reprendre pied :
«Seule, en accord avec moi-même, j'ai donc décidé de vivre malgré tout,
ma propre vie, afin de conserver votre mémoire, à vous qu'on a privés de
vie.»
Une leçon de courage et de dignité, mais aussi de lucidité, qui se refuse à
étouffer sous une magnanimité feinte les souffrances et les révoltes.
«Ce n'est pas que je ne veuille pas pardonner, mais je ne trouve pas le
pardon en moi (...) J'essaie seulement d'être sans haine.»