Lamordè

Le Lamordè «profond» effraie, déroute. Aucun
fonctionnaire de l'État n'avait accepté de bon coeur
d'effectuer cette descente aux enfers. Par ironie on avait
fini par appeler le Lamordè «profond» toute localité du
pays où les conditions de vie étaient intenables.
Sinou Mougnal reçoit une affectation à Laddè pour
nécessités de service. Commence alors une polémique sur
les raisons de cet acte administratif sur fond de conflits
d'intérêts, de crises sociales et de remous politiques.
L'État du Lamordè n'avait en fait rien fait pour rendre
accueillantes les localités perdues dans les profondeurs
du pays. Coupées pour la plupart de la capitale, ces villes
(en réalité de gros villages) étaient en majorité enclavées.
La vie pour les fonctionnaires, qui étaient des étrangers
dans la région, était une véritable galère.
La simple mesure administrative que constituait une
affectation devenait alors un envoi à la boucherie ; une
mesure punitive, une voie de garage. Les esprits mal
équilibrés voyaient leur carrière se briser. «Difficile de
revenir à la surface lorsqu'on était jeté dans le Lamordè
profond», aimait-on dire.