Dans une prison de femmes : une juge en immersion

Elles ne représentent que 3,68 % des 74 000 personnes
écrouées en France, et la plupart exercent un métier en détention.
Elles ne fréquentent que très rarement les quartiers
disciplinaires. Elles sont mères, souvent seules à assurer le
rôle de parent. Pourtant, jamais on ne leur a proposé de conditions
d'incarcération spécifiques.
Enquêtant pendant un an dans la maison d'arrêt des femmes de
Versailles, la juge Isabelle Rome est devenue la surprenante confidente
de Natacha, Nathalie, Poulomi et Soumia... De la caïd à l'accro à
l'héroïne, en passant par cette jeune femme qui prépare une thèse
sur le travail pénitentiaire, toutes témoignent d'un monde coupé du
monde, attaché à prévenir la récidive, mais où éducation, travail,
citoyenneté, peinent à s'inscrire. Un univers qui éloigne aussi de la
maternité. Son petit garçon de dix jours a été retiré à Sophie pour
être placé en pouponnière ; depuis quatorze mois, Summer attend une
visite de l'assistante sociale en charge de sa fille.
Rencontrant les surveillantes de ce huis clos exclusivement féminin,
Isabelle Rome a souvent retrouvé le même sentiment d'isolement
que chez celles qui y sont enfermées. Loin de toute démagogie,
elle pose cette question : se satisfaire d'une prison fermée
sur elle-même, échouant à remplir sa mission de réinsertion,
n'est-ce pas reléguer détenues, personnel pénitentiaire
et, finalement, l'ensemble de notre Justice, «à l'ombre de la
République» ?