Laissez-le partir

La vie d'expatriés à Singapour s'annonçait belle, lorsqu'un accident a foudroyé
Carl, le 24 décembre 2003 au Cambodge. Du petit garçon souriant, il ne reste
plus qu'une enveloppe vide de conscience, quasi décérébrée, gavée au moyen
d'une sonde, agitée chroniquement de crises d'hypertonie calmées à la morphine.
Après une réanimation intensive à Singapour et au vu du diagnostic désespéré,
les médecins, en accord avec sa famille, débranchent l'appareil respiratoire afin
de le laisser mourir. Mais Carl a survécu à l'étouffement au prix d'inhumaines
souffrances. Par respect de la loi, les médecins ne peuvent pas abréger sa fin
de vie et attendent sa détérioration. Son agonie va durer un an. Il est ensuite
transféré dans un autre hôpital en France.
Cet état artificiel qui suspend la vie et la mort, divise son entourage. Sa mère,
révoltée, souhaiterait mettre un terme à son calvaire. En opposition, l'équipe
hospitalière répète désormais que «Carl va bien» et «qu'une nouvelle vie»
l'attend dans un centre de long séjour. À travers ce revirement du discours
médical. Odile pressent qu'on lui reproche tacitement de ne pas accepter le
«nouvel état» de son fils et même de chercher à «s'en débarrasser».
Afin de lutter contre l'opinion générale et sa peine. Odile Moulin à choisi de rompre
le silence, de peindre et d'écrire, rendant à Carl ce qui pourrait être son âme,
déjà partie (ou retenue ?). Elle soulève des questions d'ordre éthique sur l'acharnement
thérapeutique et la valeur de la vie. L'accompagnement d'une mère et
son adieu à son jeune enfant sont retracés dans ce message d'amour.