Les tests génétiques : contribution à une étude juridique

La seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle et le début du XXI<sup>e</sup> siècle auront été marqués
par le développement spectaculaire de la génétique. Originairement utilisée
dans le monde végétal afin d'améliorer la qualité, la résistance et le rendement
des productions alimentaires, cette science s'est également déployée dans le
monde humain, fascinant par l'effet de compréhension qu'elle paraît induire,
terrifiant par sa propension à classer, à normaliser voire à exclure. Cause
explicative ou prédictrice, parfois présentée ou perçue comme infaillible,
la génétique serait ainsi apte à identifier des prédispositions aux grandes
maladies, jusqu'aux troubles du comportement de l'enfant futur délinquant,
l'obésité, l'homosexualité d'un individu ou les raisons de son aversion pour
les brocolis. Au-delà de la fascination exercée par la génétique, la question
se pose alors de savoir si cette information personnelle, révélée par les tests
génétiques, présente des particularités au regard des informations médicales
rendant nécessaire qu'elle soit appréhendée spécifiquement par le droit ?
C'est en tous cas l'avis du législateur français, intervenu dès 1994 par
les lois du 29 juillet, dites de «bioéthique», pour encadrer spécifiquement
la réalisation des tests génétiques. Cette réglementation sera confirmée et
renforcée à deux reprises, par la loi du 6 août 2004 et celle du 7 juillet 2011,
lors des révisions périodiques des lois dites «de bioéthique». La France fut ainsi
l'un des premiers États à se doter d'un encadrement spécifique pour l'utilisation
clinique de la génétique. Ce corpus normatif se concentre sur la réalisation du
test génétique, c'est-à-dire de la découverte de l'information génétique. À ce
stade, il se révèle globalement satisfaisant. Accordant la priorité à l'intérêt
de la personne, il met en place les moyens d'une autonomie protectrice de
cette dernière, qui devraient être étendus au champ des autotests proposés sur
Internet, lesquels tendent, par un phénomène de contractualisation des tests
génétiques, à mettre à mal l'autonomie du patient.
Hors de ce cadre individuel et médical des tests génétiques, le dispositif
normatif, empêtré dans une appréhension libérale et individualiste des
droits, révèle une grande difficulté à penser les dimensions collectives
de l'information génétique, à appréhender cette dernière au regard
de sa plus ou moins grande spécificité - tantôt comme une information
particulière, tantôt en qualité de simple information médicale - et, selon
les circonstances, à adapter les modalités d'accès à cette information et les
règles de sa circulation. Or, dans une société, où l'accent mis sur la liberté
et l'autonomie des individus invite à un renforcement de la responsabilité
individuelle, l'information génétique contribue à une individualisation
accrue des situations au détriment, le cas échéant, de l'idée de solidarité.
Cette dernière doit au contraire être placée au coeur d'une réflexion
nécessaire sur la politique de santé publique des tests génétiques.