Thoutmosis III et la corégence avec Hatchepsout

En trois millénaires d'histoire pharaonique, l'Égypte a vu se succéder près de deux
cents rois. Quelques-uns d'entre eux, qui marquèrent durablement l'histoire du pays,
ont retrouvé la place éminente qui fut la leur grâce à une intense activité de recherche
sur le terrain et d'analyse, sans cesse affinée, des témoignages matériels et des textes.
Entre hypothèses fréquentes et certitudes plus rares, les débats scientifiques demeurent
nombreux et nourris à leur sujet, qu'alimentent sans cesse de nouvelles découvertes sur
cette terre fertile en monuments. Pour la première fois, grâce à des égyptologues
confirmés, une collection est consacrée à faire revivre ces souverains pour un large
public. Entre sphère privée et publique, personnalité et destin, les auteurs ressuscitent,
autant que l'homme et le roi, l'époque à laquelle il vécut et que, souvent, il façonna.
Thoutmosis III (1479-1425 av. J.-C.) est l'un des pharaons à nous apparaître
dans toute sa diversité, en de nombreux domaines qui ne sont pas seulement
militaires. Son règne commence par une corégence unique dans l'histoire de
l'Égypte, car il est associé sur le trône à la célèbre Hatchepsout, l'une des très
rares reines devenues pharaon. Au fil des années, à côté d'une vie de famille
active, il bâtit un royaume aussi stable que prospère et gouverne une société qui
est loin d'être figée, comme en témoigne un ensemble de tombes thébaines. Une
série de campagnes, étalées sur vingt ans, assure à son pays la domination d'un
vaste territoire qui s'étend de la Syrie-Palestine, au nord, jusqu'aux confins de la
Nubie, au sud. Confiant le gouvernement à des dignitaires judicieusement
choisis pour leur fidélité à la couronne et leurs compétences, le souverain lance
un gigantesque programme de constructions en l'honneur des dieux.
Deux siècles avant Ramsès II, Thoutmosis III fait figure de modèle. Pour preuve,
la postérité a entretenu jusqu'à l'époque gréco-romaine son brillant souvenir.