Les subalternes peuvent-elles parler ?

Voici, pour la première fois en français dans une traduction rigoureuse,
accessible à un large public, un des textes de la critique contemporaine et
des études postcoloniales les plus discutés dans le monde depuis vingt-cinq
ans. Texte problématique et polémique, il a démontré depuis sa
première publication, par le nombre de commentaires, de critiques et de
recherches qu'il n'a pas cessé de susciter, une productivité peu commune,
qui n'a d'égale peut-être dans son domaine que celle des écrits d'Edward
Said et de Homi Bhabha.
«En suivant un parcours nécessairement sinueux, cet essai partira d'une
critique des efforts déployés actuellement en Occident [notamment par
Gilles Deleuze et Michel Foucault] visant à problématiser le sujet, pour
aboutir à la question de la représentation du sujet du Tiers-Monde dans le
discours occidental. Chemin faisant, l'occasion me sera donnée de suggérer
qu'il y a en fait implicitement chez Marx et Derrida un décentrement
du sujet plus radical encore. J'aurai de plus recours à l'argument, qui
surprendra peut-être, selon lequel la production intellectuelle occidentale
est, de maintes façons, complice des intérêts économiques internationaux
de l'Occident. Pour finir, je proposerai une analyse alternative des rapports
entre les discours de l'Occident et la possibilité pour la femme subalterne
de parler (ou la possibilité de parler en son nom). Je tirerai mes
exemples spécifiques du cas indien, à travers la discussion approfondie du
statut extraordinairement paradoxal de l'abolition par les Britanniques du
sacrifice des veuves.» (Gayatri Chakravorty Spivak)