Les mots de mon père

Je voudrais dérouler mon souffle pour recréer à
nouveau mon père mort. Son écriture dans mon
écriture.
Le cheminement de nos propres mots, de résonances
en résonances.
Quelque chose devrait surgir de cela, s'infiltrer
progressivement dans les dépôts et alluvions dont
ma propre écriture est formée.
Lorsque le coeur cesse de battre, les mots ne
disparaissent pas tous, certains continuent à vivre
dans d'autres mémoires.
Ils se réfugient dans mes mots.
Lorsque le coeur cesse de battre la vie s'évapore,
mais déjà de jeunes vies, tournées vers ce qu'il faut
bien appeler leurs racines, engrangent dans leurs
propres souvenirs ces souvenirs d'un autre temps.
Ses mots ne reculent pas. Ils éclatent et se répandent.
Ils ne s'enfonceront jamais dans la nuit.
On entend leur respiration lointaine, comme une
lente reconstruction de soi.