Matière à doute : Philippe Droguet

Philippe Droguet invente, fabrique et compose des objets
hybrides peu identifiables, auxquels des matériaux
inusités (vessies de boeuf, clous, paraffine, ossements, écorces,
coquilles et coquillages...) confèrent une présence physique
et une sensualité rare dans la création contemporaine.
À la fin des années 1980, l'artiste découvre le matériau qui lui permettra
d'introduire l'idée de corps dans l'oeuvre, et, au-delà des
seuls critères esthétiques, d'incarner la peinture : la vessie de boeuf.
Tendue comme une toile sur un châssis, agrafée, cousue parfois,
superposée, recouverte de sang, de bitume, noircie à l'encre,
au graphite, ou laissée nue, zébrée de radicelles, chaque membrane
ouvre un espace pictural où la sensualité de la matière se
conjugue à un minimalisme d'une espèce sans précédent.
Depuis, le plan du tableau s'est déformé, l'oeuvre affranchie, transmuée.
La "peau" translucide a quitté les cimaises pour envelopper
des objets quotidiens, des grosseurs sont apparues
sur le géométrique, bientôt excroissances noires au sol.
Des coquillages se sont hérissés de pointes, une inquiétante
fourrure de métal a tapissé le fond et les bords d'une
baignoire Modern Style, des plis d'étoffes se sont figés
sans dureté, une substance lisse et blanche
s'est accrochée au concave de troncs
évidés...
Du 18 mars au 1<sup>er</sup> mai 2006, Philippe Droguet a exposé
au centre d'Art contemporain de Lacoux, dans l'Ain.