La passion de l'amour : chemin de croix

Au matin, l'Empire, sur ses gardes, ouvre les portes au Roi des Juifs,
désarmé à outrance, infiniment insignifiant. Pilate a mal dormi.
Sa femme a cauchemardé à cause de ce juste dont l'innocence vient
clamer jusqu'aux confins du rêve. Dans la grande salle du prétoire,
obéissant au soldat qui le maintient immobile au centre du dallage,
Jésus regarde Pilate avec les yeux droits du royaume à venir. Entre
eux, - César ! - et dans la cour, la haine bénie d'un pouvoir religieux
effrayé par la nouvelle alliance qui bientôt sera scellée. Elle court,
la Vérité, même si pour l'heure elle se tait sous les injonctions d'un
pouvoir aussi fort qu'apeuré. «Fouettez-le ! Ordre du gouverneur !»
Le dos, les jambes, le torse, et jusqu'aux bras, se déchirent au claquement
des osselets de fer placés en bout de lanières, striant le corps
sacré sous le rire monstrueux d'un homme qui de son âme, frappe,
et fait gicler le précieux sang. Pour couronner le tout, par derrière,
la cruauté s'emmêle au manteau de pourpre, collé violemment sur
les épaules du Christ, cependant que le casque en buisson, sous la
main barbare d'un soldat, par devant, s'enfonce en bandeau d'épines
au front de Dieu. «À la croix ! À la croix !» hurle la foule. Encore un
peu de temps, je vous en prie ! Pilate interroge, Pilate écoute, - Pilate
est mort sous l'opinion qui le tient. Un dernier acte, le temps d'entrer
en scène : « Ecce homo », suivi d'un filet d'eau sur des mains lâches, et
l'amour peut s'avancer.