Le fil humain

Quête de l'être et chant de l'amour sont ici indissociables. Le fil
humain est un recueil de poésie rare : tant par son écriture dense et
ramassée, parfaitement maîtrisée, que par la subtilité des états d'Etre
qu'il porte et sur lesquels nous naviguons comme en haute mer. Il
faut lire et relire ces poèmes, se laisser imprégner par leur suc qui
nous rend sans cesse à l'altérité, c'est-à-dire plus vivants, plus vrais,
plus aimants : en un mot meilleurs.
Silvaine Arabo
J'aspire à la pauvreté du désert,
à l'épure, aux lignes silencieuses
des monts où se repose
le vivant qui passe.
L'aimée dort dans le jeûne de mon corps.
Ce soir, sur la table, le céleri et le cerfeuil
font monter du bol l'odeur muette
de ce pays où nous aimer. La nuit
draine notre lit de filaments de lumière.
Nous y brûlons par le temps qui passe
l'aigu vertical de notre réalité,
hôtes de passage dans ces corps de haute mer.
Les feuilles de janvier que le vent soulève
désignent ici peut-être le sens que murmure l'hiver :
puisque tout n'est pas immobile notre domaine
propre est plus à portée entraperçu que donné.
Ainsi de la joie. Ainsi de la lumière. Est-ce modestie
ou grandeur de serrer toujours en nous le désir irréalisable,
l'élan, la vague ? Le temps nous refuse le règne : accepte-le.
Ton visage sera un territoire où brûle la distance ;
nos gestes ouvriront la question à laquelle j'appartiens.
Pascal Meiplat, extraits de Le fil humain