Au service de l'Etat : les fonctionnaires intermédiaires au XIXe siècle

Qu'y a-t-il de commun, au XIX<sup>e</sup> siècle, entre un professeur de lycée, un
capitaine de cavalerie, un inspecteur des Contributions indirectes
et un receveur des Postes ? Tous sont fonctionnaires. Mieux encore :
aucun n'appartient à la haute fonction publique, aucun n'appartient non plus
à la petite administration. Tous peuvent être ainsi considérés comme des
fonctionnaires «moyens» ou «intermédiaires» : groupe aux contours flous
sans doute, mais dont l'existence n'est pas discutable et dont l'importance ne
cesse de croître au XIX<sup>e</sup> siècle par suite du développement continu de l'État.
Ce livre voudrait percer quelques-uns des ressorts administratifs, sociaux
mais aussi culturels qui sous-tendent son émergence.
À cette fin, trois professions tests ont été choisies : les «gradés» de
préfecture, les percepteurs et les conducteurs des Ponts et chaussées.
553 trajectoires individuelles ont été reconstituées. De leur analyse émerge
toute une série de dynamiques communes : les fonctionnaires intermédiaires
proviennent de milieux de plus en plus populaires, mais leur niveau de vie, lui,
demeure satisfaisant ; ils s'affirment comme des cadres administratifs avant
l'heure, mais ils se heurtent, bien malgré leurs compétences, qui s'accroissent,
à la fermeture maintenue des grades supérieurs ; leur mobilisation collective
est bien réelle, mais elle ne se départit jamais d'une grande prudence vis-à-vis
de leur hiérarchie administrative.
Peu à peu, au fil des pages, au croisement de l'histoire des classes
moyennes et de l'histoire de l'État, c'est toute la complexité mais aussi la
cohérence de ce groupe intercalé entre les troupes et les élites administratives
qui apparaît. Ascension et sécurité contre obéissance et fidélité : tels sont
semble-t-il les termes du pacte lentement conclu entre les fonctionnaires
intermédiaires et l'État. Nul doute que nombre d'habitudes, nombre de
réflexes jugés aujourd'hui constitutifs de la société administrative ne dérivent
de cette histoire méconnue.