La connaissance naturelle de Dieu chez Henri Brouillard, 1908-1981 : approche historique et théologique

Henri Bouillard (1908-1981) s'est montré ardent défenseur
de la connaissance naturelle de Dieu contre la critique
barthienne. Or, au terme de son itinéraire intellectuel, il
réserve ce concept à la seule croyance religieuse. Se pose alors
la question de savoir que devient cette connaissance naturelle qui
constituait auparavant la condition transcendantale de la foi.
Une étude chronologique de l'oeuvre de Bouillard permet de
constater un déplacement important dans sa façon de manifester
la rationalité de la foi. S'il s'est d'abord appuyé sur la méthode
d'immanence blondélienne pour expliciter la «logique de la
foi», il cherche désormais cette logique en se référant au cercle
herméneutique du croire et du comprendre, dans la ligne de saint
Anselme.
Porté par ce mouvement de l'intelligence de la foi, et entreprenant
un dialogue avec la religion en général et la philosophie agnostique
d'Éric Weil, il aboutit à établir une articulation originale éntre
révélation et existence, qui s'opère à trois niveaux : l'expérience
d'une transcendance, l'expérience religieuse et l'expérience
théologale de foi.
Si l'auteur cherche ainsi à manifester l'enracinement de la foi dans
l'expérience humaine considérée dans sa totalité, cette expérience
conditionne aussi à ses yeux l'accès à l'intelligence de la foi, et
constitue un ensemble de conditions de possibilité de la foi. Un tel
changement résulte en effet de son inlassable dialogue avec une
culture ambiante de plus en plus sécularisée et marquée par la
présence de multiples religions.
Voici donc, dans un monde en pleine évolution, une ouverture
pour nos contemporains vers un nouvel accès à la foi chrétienne.