La ville : le temps des fondations

La ville serait ce territoire onirique où viendraient s'incruster nos désirs de vivre
ensemble. La ville est le lieu où s'incarnent nos rencontres avec l'autre, à l'antipode des
relations numérisées des vidéo-conférences.
La ville va mal, son avenir est sombre et incertain. Quand l'avenir se dérobe, il faut
revenir résolument aux origines. C'est admis pour l'individu. Pour la ville, préciser ce
qui s'est passé aux origines, s'oppose à une amnésie généralisée auprès des «professionnels
de la profession.»
La ville survient tard dans l'histoire des hommes. Héritière de plusieurs centaines de
milliers d'années d'une patiente hominisation, elle concentre en elle tous les acquis précédents
puis, en quelques siècles, elle conquiert le monde.
À l'origine, issue du désir de s'affranchir des dieux, de tendre à l'immortalité et de réaliser
le bonheur sur terre, la ville va devenir le lieu et la matrice de notre civilisation.
Pour vivre libres les hommes vont paradoxalement s'enfermer derrière des murailles.
Microcosme clos mais incomplet, la ville trouvera dans l'ouverture à «l'autre» les raisons
et les moyens de sa réussite. La ville n'est pas la réponse rationnelle a une brusque
montée en puissance d'un village saisi par une poussée démographique. La ville va
naître d'un désir, du désir fou de vivre sur terre comme des dieux.
Vivre en ville ne peut se réduire à une consommation individuelle sans entrave. Vivre
ensemble affirme le défi de la ville entre liberté et démocratie. Face au saccage hyperlibéral
de la planète, la ville représente un niveau d'organisation intermédiaire entre la
solitude intime de l'individu et l'inhumanité de l'État.
Le monde en proie aux attaques enragées de l'économie libérale et aux accidents du terrorisme
international ne pourra assurer son avenir qu'en réhabilitant le politique, pour
inventer sa vie.