Langage, perception, mouvement : Blanchot et Merleau-Ponty

Percevoir et dire. Entre ces deux dimensionnels de l'existence,
les rapports sont multiples et ne cessent, en cette pluralité, d'habiter
et de façonner la relation au monde, à autrui et à soi. Comment penser
leur interdépendance et leur différenciation critique ? Comment
l'ouverture et l'échappée perceptives paraissent-elles, dans une certaine
mesure, s'accomplir comme hors langage ? Et qu'en est-il de
ce bouleversement que la parole introduit, selon aussi son versant
plus obscur, dans le champ perceptif et sensible ? Inscrite dans le
terme même de phénoménologie, cette question du rapport entre
perception et langage est développée plus particulièrement à partir
d'une lecture, parfois très contrastée, des oeuvres de Blanchot et de
Merleau-Ponty. Qu'en est-il de cette différence et de cette divergence
entre, d'une part, l'espacement sans monde de l'errance - cet
espace d'altérité et d'étrangeté qui hante l'expérience - et, d'autre
part, la spatialisation et la chair du monde que découvrent l'interrogation
perceptive et l'expression ? Outre cet «entretien infini» entre
Blanchot et Merleau-Ponty, l'originalité de cet ouvrage réside aussi
dans la tentative d'interroger ces rapports pluriels entre perception et
langage à travers l'élaboration d'une phénoménologie du mouvement
selon diverses modalités : du geste à la marche, de l'immobilité
à la mobilité potentielle, de l'ascension à la chute... Comment le
dimensionnel du geste vient-il, par exemple, infléchir la dynamique
du rapport entre percevoir et dire ? Parmi ces diverses modalités du
mouvement, où se dessine à chaque fois un lien différent à la genèse
et aux potentialités du dire, se trouve cependant ici privilégié le
mouvement basal et spatialisant de la marche. Mais aussi, selon un
contraste critique, celui d'une errance indéfinie, et comme sans fond,
dans des régions frontières qui ne sont pas sans mettre à l'épreuve
jusqu'à la teneur intime et la portée dévoilante du mouvement. Si ce
n'était peut-être sa formulation ontologique, s'appliquerait, quant à
cette énigmatique différence, le propos de Patocka selon lequel «le
mouvement serait ici le moyen terme entre les deux manières fondamentales
dont l'être découvre l'étant.»