Pascal et la philosophie

Pascal est-il philosophe ? Les Pensées relèvent-elles de la philosophie ?
Quel statut lui assignent-elles ?
Identifiant les figures antiques ou contemporaines (Charron, Du Vair, Forton)
que Pascal convoque sous le nom de philosophie, puis interrogeant
principalement les grands fragments qui subsistent dans les Pensées , cette
étude montre comment la pensée pascalienne part de Descartes, au double
sens où elle l'a pour origine, et où elle s'en sépare.
D'où les modalités diverses de son rapport à la philosophie :
- Établir l'échec des philosophies (épicurisme, stoïcisme, scepticisme),
organisées selon une double typologie (saint Augustin, Montaigne), en
les opposant à la «vraie religion».
- Disqualifier la double onto-théo-logie cartésienne, dans sa prétention à
instaurer l' ego comme premier et à prouver Dieu, en mettant en place,
avec la théorie des trois ordres de choses, la destitution de la métaphysique
par la charité.
- Reprendre pour les subvertir les concepts du cartésianisme, jusqu'à les
déconceptualiser. Descartes est alors omniprésent : il offre la figure
archétypique de la métaphysique.
- L'anthropologie de l'ennui et du divertissement présente enfin une
réflexion proprement originale, qui s'affranchit de la dépendance envers
Descartes.
Ainsi le débat que mènent sur plusieurs fronts les fragments pascaliens
requiert-il une interprétation à différents niveaux. L'évident masque l'important
: c'est ce premier principe herméneutique qui doit régir la lecture
des Pensées. L'évident est le travail de l'apologétique ; l'important relève de
la théologie ; le décisif, qui les articule, définit l'appartenance contradictoire
de Pascal à l'histoire de la philosophie en son époque cartésienne.