Clinique lacanienne (La), n° 20. Le suicide

Le suicide illustre le travail de la pulsion de mort toujours à
l'oeuvre. L'autodestruction est pour Freud toujours active,
il a été de plus en plus convaincu tout au long de son
élaboration théorique de cette bipolarité originelle de l'existence.
Qu'en est-il d'un véritable désir de mort du patient «suicidant» ?
Le plus souvent, il clame son innocence dans un «Je ne voulais pas
mourir», mais son acte interpelle vivement le désir du soignant
comme celui de l'analyste. Cet acte est aussi loin d'être sans valeur.
N'est-il pas prétexte à réinterroger le désir ? Ce numéro se propose
d'examiner différentes formes de suicide selon l'éclairage clinique
et l'abord théorique des auteurs. Le développement de la civilisation,
disait Freud dans Le malaise dans la culture , nous montre «le
combat entre Éros et mort, pulsion de vie et pulsion destructrice, tel
qu'il se déroule au niveau de l'espèce humaine». Et «c'est pourquoi
le développement de la culture doit être, sans plus de détours,
qualifié de combat vital de l'espèce humaine».
On en trouvera témoignage dans la deuxième partie de cette revue,
qui concerne les questions cruciales pour la psychanalyse, questions
actuelles illustrant ce travail toujours actif de la pulsion de mort
au sein de la culture. Des classifications médicales psychiatriques
a-théoriques, abandonnant toute conception psychodynamique et
désappropriant le sujet de lui-même, au rideau de fer tombant sur
les psychanalystes dans certains pays, il est de notre éthique de lutter
contre cette désaffection de l'humain dans l'oeuvre collective
dans laquelle nous sommes tous plongés.