L'hiver sera rude

...«- T'as pas vu les trois holdopeuses se tirer sur leurs
bécanes ? T'as pas pu les rater !
- Trois quoi ?
- Des gangstères femelles, elles ont démoli la banque, tu ne
vas pas me faire croire que t'as rien vu ni entendu ? Note bien, ce
que j'en dis, c'est histoire de causer.
Gaston hocha la tête. Gaston hochait quand il n'avait pas
envie de répondre à des questions indiscrètes, et il avait lu dans
Ouest-France, à la page des conseils aux célibataires, que ça
donnait l'air sérieux. Depuis, il hochait. Il hochait tellement
que c'était devenu une habitude. Même en marchant. Ce qui
expliquait cette démarche que les commères qualifiaient
d'ébrieuse. Enfin, pour celles qui se piquaient de vocabulaire.»...
Il y a quelques années, après une révolte des personnes âgées
dans les hospices et mouroirs, certaines maisons de retraite se
mirent en autogestion (voir En attendant la canicule ). Ce vaste
mouvement avait permis de notables améliorations dans leurs
conditions de vie mais les fonds de pension anglo-saxons,
soutenus par les banques, ont repris peu à peu le pouvoir.
L'effondrement des cours des bourses, la découverte des
malversations des dirigeants de ces banques, l'incapacité et la
bêtise des gouvernements ou leur vénalité et leur obéissance aux
ordres des financiers, ont provoqué une nouvelle vague de colère.
Dès lors tout est à refaire ! Mais comment créer une communauté
de vieux quand on n'a pas d'argent ? C'est ce que nous
conte Jacques Thomassaint dans ce nouveau roman.