Lettres de mon moulin

La Provence, c'est pour Daudet une certaine réalité morale, dont il dégage l'originalité.
Cette réalité c'est, par delà la pauvreté et la rudesse de ces existences, un goût
méditerranéen de la vie. C'est aussi, par contraste avec la futilité des sentiments parisiens,
un relief dû à la puissance des passions qui animent ce peuple : passion de Maître Cornille
acharné à nier le temps présent et à maintenir malgré tout son moulin en activité : passion
naïve et têtue de Blanquette, la petite chèvre, pour la liberté et le grand mystère de la
montagne. Cette grandeur humaine, certaines lettres nous la font mieux ressentir encore,
en nous introduisant dans une atmosphère de la fatalité et en aboutissant à un dénouement
tragique. C'est toute cette Provence, immémoriable et fragile, menacée par une évolution
inéluctable, que Daudet s'est donné pour but d'éterniser dans son oeuvre.