Montevideo

Les photographies en noir et blanc d'Ann-Christine
Wöhrl captent l'esprit d'une ville
unique au monde. Montevideo, qui s'élève
lentement au dessus d'une baie naturelle, sur
la rive nord du Rio de la Plata, a eu un nom
avant d'exister : la légende veut que l'une des
vigies de l'expédition de Magellan se soit
exclamée «monte vide eu», subjuguée par
le Cerro aperçu dès l'entrée du fleuve.
Montevideo fut fondée en 1724, érigée
comme un mur de défense plutôt que
comme une ville afin de protéger les
Espagnols des sièges des Portugais et des
attaques de flibustiers et corsaires français et
anglais. Mais à peine ses premiers habitants
installés -originaires de Buenos Aires pour
la plupart et des Canaries pour certains-, ils
ressentirent la démesure d'horizons aperçus
depuis la côte d'un fleuve qu'ils aiment et
célèbrent comme s'il s'agissait de la mer.
Les côtes du fleuve sont pour Montevideo
une aire de paix et de divertissements vers
laquelle tendent toutes les rues et tous les
regards de ses habitants. Ce n'est pas un
hasard si la moitié des Uruguayens,
1,5 million de personnes, a choisi d'habiter
à Montevideo. Le rythme urbain, cadencé
et suave tout comme les après-midi calmes,
est une composante du tempérament des
habitants. À partir de la deuxième moitié du
XIX<sup>e</sup> siècle, la population de Montevideo s'est
enrichie de l'arrivée d'immigrants espagnols,
africains, français, italiens, allemands,
anglais et suisses. L'heureuse rencontre de
tant de traditions différentes a construit
petit à petit un vigoureux éclectisme. C'est
l'enchantement de ce cosmopolitisme que
nous raconte ce livre ; La Rambla et le centre
historique, le stade Centenario et les danses
du Carnaval, les vertiges de la grande avenue
et le charme tranquille des places de quartier.
Plutôt qu'un témoignage, cette oeuvre nous
révèle l'extraordinaire dimension prise, à
Montevideo, par les actes du quotidien.