D'un siècle lointain ou Le regard de Constance

Le regard de Constance devint fixe, comme suspendu dans
le vide. «Voilà que ça te reprend !» s'inquiéta Anna.
Constance voit l'escalier de la véranda, la rangée d'acacias
dans le ciel bleu, la haie fleurie près du portail que franchira
le héros tant désiré, pourquoi ne m'as-tu pas dit qui il était, son
nom peut-être, comment tu l'appelais, la couleur de ses yeux, ce
qu'il faisait, pourquoi je ne l'ai jamais vu, aucun de ces détails
qui font les souvenirs ? Elle revoit la fillette assise sur l'escalier
de la véranda, le coeur battant d'une folle attente, elle entend
le grincement du portail, le crissement du gravier...
L'Homme est là, qui brisera son rêve... Pourquoi ne m'as-tu
pas écoutée, Maman ?
«Constance, ma petite Constance, tu m'entends ?» La voix
d'Anna est lointaine, si lointaine... Elle vient d'au-delà des
astres, elle vient des espaces infinis de notre incrédule
mémoire où se mêlent rêves et réalité, désirs et souffrances.
«Tu m'entends, Constance, tu m'entends ?»