La justice déshonorée : 1940-1944

On croit à tort que la justice au temps de Vichy se résume
aux seules cours martiales et autres sections spéciales de
sinistre mémoire. C'est ignorer que les tribunaux correctionnels,
incarnation de la justice quotidienne la plus ordinaire, ont prononcé
jusqu'à deux fois plus de peines qu'avant-guerre. Aux ordres du
gouvernement de Pétain, c'est l'histoire de la justice des années
sombres qui est ici étudiée.
Certes, les gardes des Sceaux de Pétain n'ont guère touché aux
structures et à l'organisation du système mais ils n'ont pas cessé de
politiser cette justice et d'élargir les champs d'application des textes
répressifs. En détournant les lois républicaines ou en promulguant de
nouvelles, l'État français élabore pas à pas un «droit commun» visant
à placer hors d'état de nuire tous ceux qui pourraient mettre l'ordre
nouveau en péril : Juifs, communistes, réfractaires aux chantiers de
la jeunesse et au travail obligatoire, détenteurs de faux papiers ou
simplement auteurs de délits d'opinion. Tout naturellement, les premiers
résistants forment bientôt une nouvelle catégorie de justiciables, contre
lesquels vont particulièrement s'acharner les juridictions d'exception.
C'est bien cette politisation à outrance des tribunaux qui explique
l'inflation judiciaire de l'époque.
Virginie Sansico montre, par le dépouillement d'une masse
considérable d'archives (en particulier du ressort de la cour d'appel
de Lyon), la justice de Vichy en train de se faire. Le sordide côtoie
le dérisoire, le tragique voisine avec le pathétique... Une chose est
certaine : l'iniquité était bien souvent au rendez-vous, déshonorant une
institution dont l'histoire semblait pourtant si intimement liée à celle de
la République.