Le dernier crime de Staline : retour sur le complot des blouses blanches

Le 13 janvier 1953, la Pravda révèle qu'un complot odieux a été
découvert, visant à assassiner plusieurs dirigeants du Kremlin. Le
propagandiste Jdanov en aurait déjà été victime. Les coupables ?
Les médecins chargés de les soigner... et qui se trouvent être en
majorité juifs. Le «complot des blouses blanches» aura un retentissement
mondial. Les arrestations vont se succéder, les suspects
seront soumis à des interrogatoires musclés. L'Occident se passionnera
pour ce feuilleton, les «partis frères» réclameront la tête des
félons tandis que les antistaliniens dénonceront un coup monté
dans la grande tradition soviétique. Le caractère manifestement
antisémite de la campagne gênera cependant bon nombre de
communistes. L'affaire, à la différence des précédentes purges, fera
long feu. En effet, la mort inopinée de Staline le 5 mars 1953
désamorce la machine infernale, et les inculpés seront relaxés,
quoique jamais réhabilités.
La signification politique de cette purge n'avait jamais été
analysée en profondeur, faute d'informations concrètes sur ses
circonstances et ses protagonistes.
C'est chose faite aujourd'hui, grâce à Jonathan Brent et
Vladimir P. Naumov. Profitant de l'ouverture des archives soviétiques
sous Gorbatchev et Eltsine, ils ont reconstitué de façon détaillée,
pour la première fois, le vrai complot des blouses blanches. Ce
complot à tiroirs, ourdi par Staline, visait à doter l'Union soviétique
d'un «ennemi intérieur» susceptible de remobiliser les ardeurs
révolutionnaires. Staline rêvait-il d'une Shoah à la russe ? Les travaux
entrepris pour agrandir les camps de concentration du goulag
au-delà du cercle polaire, dont les auteurs ont découvert la trace,
le laissent penser. Sa mort subite et mystérieuse sept semaines
après la «découverte» du complot laisse également planer un
doute : ses âmes damnées du politburo ont-elles pris peur ? Ont-elles
estimé que cette fois, le «petit père des peuples» allait trop
loin ? L'ont-elles, en un mot, empoisonné ?