Thèses sur le concept de grève

« Les présentes thèses se rejoignent sur un refus : celui de la
pensée, tellement commune, mais morte, qui fait de la grève
un moyen. Elles - chacune à leur manière, et des lieux divers
d'où elles surgissent - contredisent ce dogme. Elles disent que
la grève est la fin ; elles en chantent l'éloge. Car seul le désir
vit d'être sans but.»
Ce livre fait de la grève, successivement, thèse après thèse,
un sacrifice fait au soleil, acte de perte et d'orage (Bataille),
un balbutiement et un saut par-dessus le savoir (Kleist),
l'empêchement d'un devenir-message pour l'empereur
(Kafka), une action (Arendt), le nom réel et conspué de la
démocratie (Rancière), l'abolition d'une séparation (Marx),
le rétablissement d'une possible foule (Foucault), un orgueil
revenu (Montaigne), le mythe (Sorel), les têtes de MM. Foulon
et Bertier (Chateaubriand), un scandale (Kristin Ross), le point
culminant de l'existence des sociétés modernes, soulevées
soudain à une sorte d'incandescence transformante (Caillois),
l'invention de l'impossible (Bergson), le commencement
(Péguy), une écharde ouverte dans la chair de l'Histoire
(Benjamin)...