Pages d'atelier : 1917-1982

Ces pages d'atelier sont constituées d'inédits. Recueil de textes aboutis,
mais conservés sous le boisseau, de textes encore en chantier, d'archives
génétiques, elles accompagnent à plus d'un titre les deux volumes
d' OEuvres complètes parus dans la «Bibliothèque de la Pléiade» où
figure tout ce qui a connu, avec l'aval de Ponge, « le jour de l'impression »
selon l'expression de Boileau.
D'une part, il vient enrichir des ateliers déjà ouverts grâce à des états
différents ou à des documents apparentés qui projettent une lumière
nouvelle et fournissent des jalons pour les éditions génétiques
qu'attendent et appellent les volumineux dossiers de travail.
D'autre part et surtout, il vient enrichir le corpus, soit en révélant des
pages de la période de jeunesse, disons jusqu'au Parti pris des choses
(1942), parce qu'elle est la moins connue et celle sur laquelle les
informations et témoignages sont les moins abondants. On y découvre
dès les années 1920 une importante activité scripturale dont la partie
publiée donnait d'autant moins la juste mesure qu'ils étaient dispersés
dans plusieurs recueils ; elle relevait à la fois de l'ordre poétique et de
l'ordre autobiographique propre à une conscience qui réfléchit sur sa
vocation et son avenir. Déjà s'y révèle un esprit pour lequel les questions
proprement poétiques ou littéraires s'inscrivent dans des
préoccupations plus vastes, de nature morale, sociale, philosophique.
Après les précoces tentatives d'analyse personnelle, viendront les
regards rétrospectifs sur l'oeuvre, et les tentatives de bilan.
Soit à ce qui introduit dans le secret du cabinet de travail, dans le
chantier des projets, voire des simples intentions, matériaux bruts
parfois, déposés là en attente d'une exploitation qui n'est jamais venue.
Les archives en effet, en plus de servir de dépôt aux essais, erreurs et
repentirs qui jalonnent la carrière, en plus de se constituer en mémoires
d'une invention qui cesse rarement d'être en éveil ou en effervescence,
constituent une sorte de réserve d'écriture.
B. B.