Le bâton et l'eau chaude : voyage d'un Juif italo-tunisien

Les vagues entêtées à venir mourir sur le rivage en brefs
applaudissements rythmaient la nuit de juin 1939 où naquit par
hasard Nathanaël dans une famille juive de Tunisie. L'auteur décrit
avec émotion cette terre cosmopolite, de sable, de caps et de golfes, de
relents nauséabonds et d'arômes magiques, de mendiants et de
silhouettes voilées. Une mosaïque de communautés y vivait dans un
climat où se mêlaient cordialité et mépris. Le parler populaire, illustré
dans les deux premiers chapitres, amalgamait, sans souci de syntaxe,
les langues conventionnelles en un dialecte savoureux. Nathanaël
grandit dans ce monde que l'histoire s'apprêtait à abolir, entre une
mère tunisienne et un père italien qui veillait de près à son travail :
c'est par le haut que s'intègre un petit Juif italo-tunisien en France.
À Paris les études médicales de Nathanaël sont interrompues par
une dépression nerveuse que des comprimés transmuent en un
bonheur jubilatoire, décuplant son intelligence et sa virilité. Qu'une
simple molécule induise une telle métamorphose, ouvrant une voie
chimique vers félicité et volupté, fascine Nathanaël. Il change de voie
et se lance dans la recherche neurobiologique avec passion, malgré le
sentiment naissant d'être floué par l'existence. Une fraude
scientifique secoue le laboratoire : Nathanaël en découvre l'auteur.
Lors de vacances en Sicile, un relent fétide porté par le vent fait
resurgir en lui le pays d'Islam originel, profondément enchâssé en lui
à son insu. L'histoire se termine où elle a commencé, au bord de la
Méditerranée.