Falthurne : manuscrit de l'abbé Savonati

Dans l'univers de la création artistique, deux termes semblent des
équivalents sémantiques : s'agissant de peinture, nous parlerons
d' esquisse ; s'agissant d'écriture, ce sera un brouillon. Que la
main de l'artiste lui accorde un peu de temps, et l'esquisse se
transformera en ébauche. Le brouillon, n'ayant pas cette
chance, restera un brouillon, peut-être plus élaboré.
La valeur de l'ébauche n'est plus à démontrer : inachevée, elle
n'en est pas moins oeuvre. Le récit, laissé de côté, n'aura jamais
de telles lettres de noblesse. Falthurne demeure aujourd'hui
l'une des oeuvres les moins connues d'Honoré de Balzac.
Pourtant, par tout ce que cette oeuvre a d'inclassable - est-ce un
roman philosophique ? faut-il y voir des références ésotériques,
notamment l'importance de la Grèce, de la Chevalerie et de
l'Église ? est-ce plutôt une conte fantastique, comme il est
parcouru d'étranges métamorphoses ? peut-on y lire comme un
pressentiment du surréalisme à venir ?
Tout à la fois, et peut-être bien plus encore. Falthurne est un
roman à clefs, qui se déjoue de nos catégories. Puis, la
composition de l'oeuvre, possiblement inachevée, possiblement
décidée lacunaire par son auteur, interroge de la part de l'auteur,
marqué par les penchants illuministes de sa mère, ainsi que par
l'usage de son père, de fréquenter les loges maçonniques...
Pierre-Yves Ruff.