Une cité pour domaine : La Bastide 1956-1980 : rock, mobs et potagers

C'était le temps des coiffeurs vendeurs d'asticots, des mobs pétaradantes,
des garçons en blousons noirs éblouis par des filles à talons hauts,
des pêcheurs du dimanche et des jardins ouvriers... Boulot-trolley-dodo, tout
un monde se retrouvait là. D'abord six cents familles, et bientôt onze cents de
plus, venues de tous horizons, inventant, dans un univers de barres tombées de
la lune, les règles de la vie quotidienne.
De ce temps-là, Gérard Masson a la tête pleine de souvenirs. Sous
la plume nostalgique et tendre de cet enfant de La Bastide, revivent, comme
si c'était hier, la découverte du «confort moderne» et du vide-ordures,
le parfum de la soupe de légumes qui mijote sur la gazinière, les actualités
sur l'écran du téléviseur Nogamatic, les disques d'Elvis (Presley),
les concours de belote et les soirées loto, le bruit de moteur bien huilé
des Simca et des Dauphine, les jours de fête avec barbe à papa et berlingots,
le foyer des jeunes, les années d'apprentissage, le travail en usine et les trois
semaines tant attendues de congés payés...
Mieux qu'un roman, ce livre, écrit par «un titi limougeaud sociologue
amateur» est une invitation au voyage. Voyage dans le temps (1956-1980),
voyage surtout dans un lieu : La Bastide, cité de tours sorties de terre au nord
de Limoges et figure de proue de ce que l'on ne tardera pas à appeler
les «grands ensembles».
L'auteur a l'art des mots simples et chaleureux. Et La Bastide que l'on
(re)découvre grâce à lui, ainsi qu'à travers un inédit cahier de photographies,
finit, au fil des pages, par tout simplement... nous habiter !