La psychothérapie comme esthétique

Alors que d'aucuns voudraient inscrire la psychothérapie aux
côtés de la pharmacopée ou de l'arsenal soignant prétendument
scientifique, un autre choix s'affirme ici : le choix esthétique, proche
d'une philosophie appliquée.
Aux origines de la Gestalt-thérapie, une proposition implicite
mais surprenante : aux critères de santé communément admis
dans la logique scientifique ou médicale, superposer des critères
esthétiques. Superposer voire, pourquoi pas, substituer ? La santé
est alors abordée comme capacité à créer des formes ajustées aux
situations, la pathologie comme perte de cette potentialité au profit
d'un recours à des formes fixées, inadéquates ou obsolètes.
Les fondateurs tirent ainsi leurs propres conclusions des intuitions
de psychanalystes comme Groddeck ou Otto Rank : si «le
névrosé est un artiste raté», alors l'homme sain sera celui qui peut
être créateur de son existence comme oeuvre d'art.
Le critère fondamental de santé est alors postulé en termes de
capacité créatrice, d'aptitude à former des formes, des gestalts,
et la psychothérapie se trouve ainsi définie comme thérapie de
la formation de formes, autrement dit Gestalt-thérapie. L'éthique
du psychothérapeute devient alors une esthétique, la clinique de
la psyché une clinique de la gestaltung, le processus de formation
de formes.
Autour de cette proposition fondatrice, un certain nombre
d'auteurs, psychanalystes, philosophes, psychothérapeutes, psychiatres,
psychologues, avancent leur réflexion et nous offrent des
voies pour que chacun développe la sienne propre.