Berlin 1943-1945 : la chute vécue par un médecin prisonnier français

«Un soir, après un bombardement sévère du
coin qui avait heureusement épargné le camp
de Lichterfelde, je sortis à la nuit tombante, preuve
que les gardes du camp nous laissaient des facilités de
déplacement, pour me promener dans la campagne car
le camp était à l'extrême sud de la ville. Bien sûr, il y
avait ample moisson de tracts dont je me remplissais les
poches ; puis je vis au bord de la route un mécanisme
de déverrouillage de bombe, bien brillant : une petite
hélice en tournant finissait par amorcer la bombe dans
sa chute ; il s'agissait d'un délicat roulement à billes qui
tournait au moindre souffle, aussi me mis-je en courant
à le faire tourner très facilement en le maintenant audessus
de ma tête. Il n'y avait pas deux minutes que je
me livrais à ce petit jeu, une voiture qui passait s'arrête
et : "Gestapo, montez !" Je fus emmené au siège de la
Gestapo à Teltow, à une dizaine de kilomètres au sud ;
après quelques minutes d'attente je fus interrogé par un
policier parlant bien le français et racontai mon histoire.
Le policier, devant ma naïveté, sourit puis, ne pensant
pas que je pusse comprendre, demanda à son collègue :
"Il n'a pas de tracts ?"»