Vél'd'Hiv

Connaissez-vous l'adresse du paradis ? Pour Raymond et Simon, deux écoliers
devenus des amis inséparables, le paradis - le jardin des rêves, la cathédrale
des chimères, le palace de l'enfance, - c'était le Vel'd'Hiv', le vélodrome d'Hiver, à
l'angle du boulevard de Grenelle et de la rue Nélaton, dans le 15<sup>e</sup> arrondissement.
Simon, fils d'un médecin juif, et Raymond, fils du concierge du vélodrome, en
connaissaient tous les recoins, tous les secrets et toutes les légendes, toutes les
mythologies. Car, dans les insouciantes années 1930, le Vel'd'Hiv' était le temple
du cyclisme sur piste et de la boxe. Les Six Jours et de grandes rencontres
pugilistiques s'y déroulaient, sans oublier les meetings du Front populaire. À
l'extérieur de la piste en bois, il y avait les gradins populaires et, à l'intérieur, le
restaurant à la mode, où se retrouvaient les people , comme on dit à présent. D'un
côté, le Tout-Paname et, de l'autre, le Tout-Paris, dans lequel des demi-mondaines
jetaient aux coureurs des bouquets de violettes. Le Vel'd'Hiv' prouvait que Paris était
une fête. «Que fais-tu ce soir ?» demandait-on. Réponse : «Je vais à Grenelle.»
Puis, les 16 et 17 juillet 1942, ce fut la grande rafle. Complice des nazis, la police
française arrêta des milliers de juifs, qui furent rassemblés au vélodrome d'Hiver.
Le rendez-vous de toutes les festivités devint le lieu de la tragédie. L'enfer après le
paradis. Raymond aperçut une dernière fois Simon et son père, avant qu'ils ne
disparaissent dans la foule, pour être emmenés vers le «Grand Nulle Part».
Vel'd'Hiv' raconte le destin de deux enfants, deux amis, emportés dans la
tourmente de l'histoire et séparés l'un de l'autre, alors qu'ils se croyaient
inséparables. Un roman servi par une écriture limpide et légère.