Un coin de table

Septembre 1870. Paris est assiégé par les Prussiens. Un
peintre de trente-quatre ans, Henri Fantin-Latour, qui commence
à être connu, décide d'exécuter, trois ans après la mort du poète,
un Hommage à Baudelaire , sur le modèle de ses deux grandes
toiles, Hommage à Delacroix et Un atelier aux Batignolles ,
portraits de groupes réunis autour d'une personnalité.
Les circonstances en décideront autrement. Deux ans après,
au Salon de juin 1872, le projet initial deviendra le fameux Coin
de table , conservé aujourd'hui au musée d'Orsay.
Quelles circonstances ont poussé Fantin-Latour à remplacer
les modèles initialement prévus par huit jeunes poètes de ses
amis ? La postérité s'emparera de deux d'entre eux, Verlaine et
Rimbaud. Elle oubliera les six autres, dont les noms ne nous
disent plus grand-chose aujourd'hui, mais dont les qualités littéraires
étaient réelles.
Fantin perçoit l'importance de cette nouvelle oeuvre, véritable
icône de Verlaine et Rimbaud. Il tiendra le journal de son élaboration,
traversée d'enthousiasmes, de déceptions, de revirements.
Journal d'un artiste, mais aussi d'un fils aux côtés d'un père
dont il a la charge, d'un bourgeois confronté aux nécessités de
survivre dans une capitale affamée et d'un homme qui hait la
violence et la guerre face au siège de Paris et à l'épisode sanglant
de la Commune.