Un destin si funeste

On devient et on reste élève pour s'éviter le risque
de penser et de parler en son propre nom. Mais
les relations entretenues avec leurs disciples par
Freud puis Lacan révèlent que la position d'élève
est redoutable là même où elle paraît protectrice.
Les cas, notamment, de Ferenczi, Jung, Tausk, ou
encore Groddeck, rappellent que le rapport au
maître est souvent porteur de violence, d'égarement,
de mort. Plus curieux : alors que la dissolution du
transfert est l'une des tâches principales de la
cure psychanalytique, la relation maître-disciple
est justement entretenue par le maintien du transfert.
De là, chez les protagonistes, une crainte et une
recherche incessante du plagiat, du vol des
pensées, de l'influence occulte, qui les situent
aux confins tantôt de la psychose, tantôt de la
religion.