Peuchâtre et Gésirac : contes fantastiques

«Luc aime beaucoup l'histoire de l'ogre de Gésirac. Il ne se
lasserait pas de l'entendre. Et chaque fois, du haut de ses
sept ans, qui font déjà de lui un solide bonhomme, il frémit :
penser que ce mangeur d'enfants crûs habitait là, tout près,
à deux lieues de chez lui, et qu'il aurait pu venir, une nuit...
Luc se sent inondé d'une délicieuse terreur, lui qui a sur les
petits garçons d'autrefois l'appréciable avantage de vivre en
des temps sans alerte. Car les ogres, bien sûr, maintenant, ça
n'existe plus...»
Les formes brèves, poèmes ou contes, peuvent aussi bien
s'imposer comme nécessaires, à la minute - immédiate ou
restituée par le souvenir - où tel son frappe l'oreille, telle
image les yeux, telle sensation le toucher, que s'élaborer lentement
à partir d'une idée purement abstraite soudain
apparue ; elles s'accommodent par conséquent de deux
modes de perception très distincts, l'un sensitif, à quoi l'intellect
ne prête main forte qu'en un second temps, l'autre
fonctionnant à données exactement inversées. Aucun
exemple ne saurait, probablement, mieux illustrer cela que
l'ensemble formé par les Contes de Michel Rullier.