Le couvert : deux siècles d'histoire industrielle en Basse-Normandie

Le travail des métaux est une activité traditionnelle
en Basse-Normandie. Sous l'Ancien Régime déjà,
dans le triangle compris entre Sourdeval, Vire et
Tinchebray, les fers normands alimentaient de petits
ateliers de fabrication de clous, haches, scies et couteaux,
écoulés sur place, voire vers les colonies d'Amérique.
L'étain, que l'on importait par les ports de Granville et
Saint-Malo, était également utilisé dans la vallée de la
Sée pour la confection de couverts, cuillers et
fourchettes exclusivement. La région de Sourdeval était
alors l'un des principaux centres français de potiers
d'étain, ou «grillous». Dans la deuxième moitié du XIX<sup>e</sup>
siècle, l'implantation de grandes fabriques compromit le
maintien de cette activité. Occupant d'anciens moulins à
papier, elles furent affectées à la production d'articles en
fer battu, puis en métal aciéré, enfin en acier inoxydable.
L'emploi de ce matériau démarre, le long de la Sée, dès le
début des années 1930 et se généralise après la fin de la
dernière guerre, les entreprises Letavernier, Lebrun,
Lorance et Degrenne étant alors les principaux
fabricants de la vallée. A travers la société Guy
Degrenne, c'est un exemple remarquable de permanence
artisanale puis industrielle qui est au menu de cet
ouvrage. Et aussi une véritable aventure économique,
technique et esthétique : du fondeur d'étain au designer,
en passant par les techniques de fabrication, sans oublier
l'évolution des pratiques de la table !