Maisons royales, demeures des grands à Madagascar : l'inscription de la réussite sociale dans l'espace urbain de Tananarive au XIXe siècle

Maisons royales, demeures des grands à Madagascar : l'inscription de la réussite sociale dans l'espace urbain de Tananarive au XIXe siècle

Maisons royales, demeures des grands à Madagascar : l'inscription de la réussite sociale dans l'espace urbain de Tananarive au XIXe siècle
Éditeur: Karthala
2005377 pagesISBN 9782845865396
Format: BrochéLangue : Français

La ville de Tananarive possède aujourd'hui encore les traces d'un riche passé

architectural. Manjakamiadana, exemple achevé d'une construction monumentale

de premier plan, accaparait l'attention jusqu'à l'incendie qui l'a ravagé (novembre

1995). Construit autour de 1840, ce palais emblématique situé au sommet d'une

colline, visible à des dizaines de kilomètres aux alentours, eut droit à de nombreuses

études qui l'ont trop souvent isolé dans sa superbe comme témoin d'un

règne singulier et chef-d'oeuvre d'un étranger.

Pourtant, l'intérêt pour l'histoire urbaine de l'ancienne capitale du royaume

merina doit dépasser l'enceinte royale et s'élargir au reste de la cité. Il existe

en effet dans la capitale et ses environs un riche patrimoine architectural,

méconnu et rarement analysé dans une perspective historique, qui témoigne

pourtant des mutations socio-économiques du XIX<sup>e</sup> siècle. Il convient donc

d'ouvrir le champ d'analyse «classique» (celui des palais) au profit d'un corpus

plus large, si l'on veut comprendre la place occupée par les édifices dans

l'espace social de la ville au XIX<sup>e</sup> siècle et les effets de contraste voulus par le

pouvoir et de jeux en miroir ambitionnés par les Grands. Le décloisonnement

ne doit pour autant aboutir à un éclatement de l'objet distendu entre ethnographie

et anthropologie.

Il s'avère nécessaire, pour éviter cet écueil, de périodiser l'évolution architecturale

de la ville. Trois grandes phases ressortent avec clarté. Dans les années

1820-1860, une monumentalisation de l'architecture royale monopolise les

innovations techniques venues de l'extérieur. Dès les années 1840, une partie de

l'élite reprend pour elle-même les avancées architecturales. L'apogée de l'architecture

domestique de prestige est atteinte dans les années 1870-90. A la fin du

siècle, la diversification des styles et des techniques, impulsées par les missionnaires

anglais de la London Missionary Society, banalise l'architecture royale et

privilégie les Grands tout en assurant une certaine «démocratisation» des innovations

aux couches intermédiaires de la capitale.

En s'imposant en 1895, la France a dû composer avec ces divers apports qui

font de la capitale de la nouvelle colonie un lieu de synthèse de la tradition et de

la modernité tout à fait original. A travers cet ouvrage, Didier Nativel a été particulièrement

soucieux de restituer la vision autochtone de l'architecture et la maîtrise

locale de son évolution. Il a utilisé avec perspicacité les moindres détails des

récits de voyage mais aussi des mémoires et autobiographies du XIX<sup>e</sup> siècle, pour

se placer dans la perspective des acteurs sociaux et rappeler leurs stratégies.

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