Léon Charles Canniccioni : peintre des types et coutumes de la Corse

Amateur et collectionneur d'oeuvres d'art, le propriétaire du
lazaret, et Président de l'«Association le lazaret
Ollandini», François Ollandini, ne pouvait pas ne pas
s'intéresser aux peintres corses du XX<sup>e</sup> siècle. C'est après
avoir acquis des fusains originaux de Léon Charles
Canniccioni - qui ont été reproduits dans le magnifique
ouvrage de Pierre Dominique La Corse, types et coutumes - que l'idée d'une
exposition a germé dans son esprit, puis s'est développée dans la tête des
amis qui participent à la programmation des activités culturelles du lazaret.
Mais, même s'ils «illustrent bien les attentes du public concernant la
représentation de la Corse au milieu des années 1930» (Pierre Claude
Giansily), les 26 fusains ne suffisaient pas à rendre le génie de cet artiste, né
à Ajaccio en 1879. Élève de Jean-Léon Gérome, l'auteur de l'affiche
annonçant le premier «Circuit automobile de la Corse» en avril 1921 - une
affiche offerte par François Ollandini au Musée de la Corse, à Corte - a
beaucoup voyagé et beaucoup peint. Alors les amis, toujours eux, ont fait
le tour des Collections et des collectionneurs pour rassembler peintures,
documents, photographies d'époque et autres dessins et croquis. Il faut
avouer que le travail a été facilité par un spécialiste passionné lui aussi,
Pierre Claude Giansily, historien de l'art, Conservateur des Antiquités et
Objets d'Art de la Corse du Sud, qui a spontanément accepté la lourde
charge et la responsabilité du commissariat de l'exposition. Aidé d'experts,
comme les frères Jean et Gilbert Polverelli, il a pu ainsi obtenir le prêt de
plusieurs oeuvres importantes ou peu connues, aussi bien des Institutions,
dont la Chambre de Commerce et d'Industrie d'Ajaccio et de la Corse du
sud, que de particuliers. Que les unes et les autres soient à nouveau
remerciés ici, car ils ont permis d'organiser cette exposition.
En complément d'une exposition - temporaire par définition -
l'édition d'un ouvrage, consacré au thème ici retenu, pérennise
l'événement et permet encore de mieux faire connaître les artistes auprès
d'un public justement avide de retrouver ou de conquérir une identité
légitime. La Collectivité territoriale de Corse a bien senti cet enjeu, elle qui
a permis, sur l'incitation de son Conseiller artistique, lui-même peintre,
Bernard Filippi, la réalisation de ce livre. Restera aux spécialistes
maintenant, de réaliser le catalogue raisonné de cet artiste, mais c'est une
autre histoire...
Canniccioni, et après ? Les motivations personnelles avancées ci-dessus
pour décider d'une exposition ne sont pas les seules bien sûr. L'idée
était bien de montrer, et mettre en valeur, les oeuvres d'un artiste souvent
mal connu, et un peu oublié, il faut bien le dire. Mais d'autres peintres ont
su aussi, dans les années 1900 à 1950, puiser dans leur terre natale cette
matière et cette inspiration particulières qui donnent une forte sensibilité
à leurs oeuvres, pour que l'on puisse parler aujourd'hui d'une «École
d'Ajaccio» en peinture. Le lazaret est peut-être un lieu privilégié pour
découvrir ou reconnaître des artistes comme Lucien Peri, Dominique
Frassati, Jean-Baptiste Bassoul, Jean Chieze, François Corbellini, Robert
Falcucci et d'autres encore. C'est aussi ce que se propose de réaliser
l'association du lazaret dans les années à venir.
En attendant donc - espérons-le - de découvrir ou de revisiter
leurs oeuvres, allons à la rencontre de Léon Charles Canniccioni dans les
cellules du lazaret et au fil des pages de cet ouvrage...
Jean-Jacques Colonna d'Istria