Un homme sous influence : journal 2009

Lorsqu'on tient ce genre de chronique, cette sorte
de journal non pas intime mais just in time , on est
porté à espérer que chaque journée offrira le fruit
d'une idée, la fleur d'une anecdote ou le simple
brin d'herbe d'un rêve trahi par le retour du jour
et la nécessité des mots. On engrange, on fait
son beurre et son foin. On a l'impression que la
réalité n'attend que cela : vous fournir tout rôti le
menu du jour. Qu'il ne suffira plus au diariste qu'à
s'attabler à son bureau, le soir venu, ou le matin,
l'esprit encore frais, à en noter les composantes
- entrée en bouche, thème principal et dessert en
forme de chute - quasi sous dictée.
Dès lors, on passe ses journées - et ses nuits
en cas d'insomnie - à guetter le fait, l'idée, la
conversation à la table d'à côté, et jusqu'aux
jérémiades de tante Pauline soudain pleines
d'enseignements, tous les infimes rouages de la
quotidienneté susceptibles d'alimenter votre
machine à écrire mentale. Tout cela, passé à la
moulinette, filtré, formaté, vient se déposer sur
la page blanche ou l'écran bleuté. Au besoin,
on inventera, on stimulera, on provoquera la
confidence ou la rencontre, au risque de tuer
dans l'oeuf la spontanéité propre à l'exercice.
Or - on le savait dès le début - les choses ne se
passent pas ainsi...